TESTS

Hydrophobia

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, la noyade figure en bonne position parmi les morts les plus effrayantes. Bien devant, par exemple, se faire dévorer par un zombie ou se faire sauter dessus par un plombier moustachu. Question de probabilités. Alors quand on me parle d’un jeu dans lequel l’eau endosse le rôle de l’antagoniste, voilà qui suscite ma curiosité…

La sortie en septembre d’Hydrophobia sur le XBLA, par le studio anglais Dark Energy, a été plutôt discrète. L’histoire du jeu prend place dans un futur proche, menacé par la surpopulation et le manque de ressources. A tel point que des extrémistes, les malthusiens, ne voient plus comme solution que l’extermination d’une partie de la population humaine. Leur cible? Le Queen of the World, votre domicile, véritable citadelle flottante hébergeant les plus chanceux loin des maux et souffrances de la planète. Un abri qui se transforme rapidement en enfer lors de l’attaque des malthusiens, et qui se voit peu à peu et irrémédiablement submergé par les eaux. Le joueur incarne un banal ingénieur (ou plutôt, ingénieuse, puisqu’il s’agit d’une femme), victime collatérale du conflit, qui tente tant bien que mal de se sortir de ce piège mortel…

Survie sous-marine

Hydrophobia est un jeu d’action-aventure pour le moins classique. On évolue dans un monde en 3D avec une vue à la 3e personne, en alternant entre combats à l’arme à feu et exploration. A la manière d’un survival horror, c’est cette deuxième facette qui est mise en avant, les affrontements demeurant assez rares. Tant mieux, car toujours à l’image d’un survival horror, la jouabilité est extrêmement rigide. Si les développeurs ont tenté de s’inspirer des standards du TPS, le jeu n’en manque pas moins cruellement de souplesse. Visée imprécise, commandes peu intuitives, mouvements de caméra peu fluides: lorsqu’on la centre par exemple, la caméra se place instantanément plutôt que de se mettre en position progressivement, ce qui est assez désagréable à l’oeil. Dommage car les idées sont là, avec la présence d’un système de couverture et la possibilité d’agir sur certains éléments du décor, que ce soit pour déclencher des explosions ou faire entrer des trombes d’eau dans la pièce. Malheureusement, cela s’avère vite redondant, ces interactions montrant vite leurs limites et surtout ne se renouvelant jamais. Les combats en deviennent finalement assez mous et manquent clairement de rythme.

Quoiqu’il en soit, l’accent est avant tout mis sur l’exploration, qui représente une grande partie du temps de jeu. Non pas que les niveaux soient particulièrement vastes, ils sont au contraire assez linéaires. Mais les pièges sont nombreux entre les portes scellées, la montée des eaux et les incendies se déclarant ici et là, et on n’avance donc que pas à pas. Parfois par des phases de plates formes, durant lesquelles il faut trouver les éléments du décor nous permettant de progresser, à la façon d’un Prince of Persia minimaliste; parfois en passant une zone au peigne fin à l’aide du scan pour trouver le code d’accès à la pièce suivante. Là encore, le jeu souffre d’une certaine redondance, malgré une durée de vie assez courte et l’absence de replay value, en particulier lors de l’utilisation du fameux scan qui coupe bien trop le rythme. A défaut d’innover, ces mécaniques ont au moins le mérite de bien fonctionner et le joueur y trouve instantanément ses repères.

Eau rage, eau désespoir

C’est donc bel et bien sur l’argument mis en avant par les développeurs que tout se joue: l’eau. Pourtant techniquement, il faut l’avouer, le moteur physique n’est pas particulièrement impressionnant. Il est sans aucun doute au-dessus de ce qu’on voit habituellement dans le domaine du jeu vidéo (l’eau constituant rarement un élément central), mais il reste aussi en deça de ce que certaines démos techniques ont pu montrer. On imagine donc mal l’ambition des développeurs, à savoir que leur moteur devienne un standard, se réaliser. On regrette en particulier un aspect un peu surréaliste dans le comportement de l’eau, qui semble parfois plutôt de la consistance d’une gelée. L’effet reste toutefois efficace lorsque des brèches se créent dans les murs et que les flots commencent à envahir la pièce.

Car au-delà des considérations techniques, c’est encore l’incidence de la modélisation de l’eau sur le jeu qui nous intéresse vraiment. Côté gameplay, les interactions restent très limitées, et trop scriptées pour mener à des mécaniques de jeu originales. Le rôle de l’eau se borne en effet à imposer un temps limité pour éviter la noyade, ou à devoir créer une brèche à l’endroit prévu pour éteindre un incendie bloquant le passage. Côté immersion par contre (sans mauvais jeu de mot), l’apport de cet acteur inhabituel est indéniable. D’abord, c’est une épée de Damoclès qui pend au dessus de la tête du joueur, et qui crée une ambiance assez prenante malgré un scénario délaissé, qui devra d’ailleurs attendre le prochain épisode avant d’être développé et de connaître un éventuel dénouement. Enfin, le moteur physique apporte de bonnes sensations manette en main. Grâce à des petits détails qui ont leur importance: ainsi, le courant influe sur les déplacements du joueur lorsque des trombes d’eau se déversent sur lui. On a l’impression de devoir fournir un véritable effort pour lutter contre cet élément naturel, et on en oublie presque qu’on ne fait que tenir un pad en main, ce qui témoigne quand même d’une très bonne immersion.

Conclusion: 6/10

Finalement, les eaux d’Hydrophobia, sans apporter l’innovation espérée, le sortent du bourbier de la rigidité de son gameplay en bénéficiant fortement à l’ambiance du titre. Un jeu somme toute classique donc, court mais qu’on jugera sympathique grâce à son petit prix sur le XBLA.

Hydrophobia
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