TESTS

Medal of Honor

Medal of Honor , un cadavre qu’on pensait avoir inhumé il y a déjà quelques années. EA pourtant, inspiré par la mode actuelle des morts-vivants, à moins que ce ne soit par désir d’empiéter sur les plates bandes de Call of Duty, se livre aujourd’hui à l’exercice périlleux de la résurrection. Une expérience interdite qui, comme le cinéma fantastique nous l’a appris, n’apporte que rarement de bonnes choses.

En 1998, « Il faut sauver le soldat Ryan », blockbuster explosif de l’illustre Steven Spielberg, crève le grand écran. La mode du film de guerre est relancée, suivie de près par son pendant vidéoludique. En tête de file, les Medal of Honor marquaient les joueurs par leur mise en scène épique. Aujourd’hui, c’est Modern Warfare qui dicte sa loi, une loi que n’ont pas hésité à suivre les développeurs de Danger Close pour ce reboot de MoH. Exit donc la deuxième guerre mondiale, mais aussi, parce que le mot « initiative » ne devait pas être oublié, exit les scénarios alambiqués d’invasion des Etats-Unis: c’est à un conflit à la fois contemporain et bien réel que vous allez devoir cette fois participer. Bienvenue donc en Afghanistan, Oncle Sam et la démocratie ont besoin de vous.

Gentil contre méchant

Le scénario et la mise en scène se veulent réalistes, en faisant vivre au joueur une opération militaire dont le but est de débusquer un fief des talibans qui menace l’équilibre de la région. On pourra se réjouir de l’absence d’explosions incessantes ou de retournements de situations trop rocambolesques, sans pour autant y échapper totalement. Le rythme est plutôt bien maîtrisé, et le joueur est placé dans la peau de plusieurs soldats au sein de diverses unités: le ranger qui combat au front, les forces spéciales menant des opérations nocturnes derrière les lignes ennemies, etc. Si l’on ajoute à cela les séquences en véhicule, on obtient des situations variées mais qui souffrent néanmoins de leur linéarité. La monotonie s’installe d’autant plus vite que la comparaison avec Modern Warfare est inévitable, et n’est pas à l’avantage d’EA (je ne suis pourtant pas très fan du titre d’Activision). Malgré le choix d’un conflit plus proche de nous, qui aurait pu créer une tension supplémentaire sur le champ de bataille, Medal of Honor ne se dépêtre jamais d’une sensation désagréable de déjà vu.

D’autant que la réalisation n’est pas tout à fait à la hauteur de la concurrence. Le jeu est de bonne facture techniquement, grâce à un excellent environnement sonore, mais s’avère un poil décevant visuellement avec son aliasing et son moteur physique minimaliste. Mais surtout, l’absence d’un véritable scénario nuit à l’immersion, l’aventure solo se résumant à une propagande abjecte. C’est là le lot de nombreux FPS de guerre, mais en s’ancrant dans un contexte politique aussi délicat, Medal of Honor s’aventure sur un terrain bien plus glissant. Plutôt que d’affronter le problème, les scénaristes ont préféré l’ignorer sciemment, une décision maladroite qui borne le jeu à une vision trop simpliste. Seul le général américain, un bureaucrate méprisant qui ne sort jamais de son bureau à Washington, est un peu égratigné à travers des dialogues des plus clichés. Les talibans sont déshumanisés, exception faite de leur fourberie; les soldats américains sont eux des machines à tuer xénophobes, qui ne s’émeuvent d’aucun dommage collatéral tant que la peau des victimes est basanée, ce qui n’empêche guère le jeu de leur rendre constamment hommage. Sans demander la politisation d’un jeu vidéo qui se veut avant tout un divertissement, on peut regretter le manque de subtilité et de recul des scénaristes, sur un sujet certes délicat mais qu’ils ont eux même choisi d’aborder.

Simulation de tir au pigeon

Au-delà de la polémique, la chair est faible, le gamer encore plus, et j’aurais pu tout supporter pour un game design à la hauteur. La jouabilité est agréable et complète, avec par exemple la possibilité de modifier la cadence de tir des armes. Les missions, quoique peu nombreuses et vite bouclées (comptez 5 heures en difficulté maximale), sont variées en alternant attaque, défense, sniper, infiltration, etc. La prise en main dans chacune de ces séquences est immédiate de sorte qu’elles ne plombent jamais le rythme. Medal of Honor aurait donc pu se faire une place au soleil s’il n’avait pas tant manqué d’ambition, en se contentant de tirer des ficelles classiques, et ce moins bien que ne le fait la concurrence. Le passage en quad est inutile, celui en hélicoptère n’est qu’un banal railshooter. Et surtout, les scripts sont omniprésents et trop peu subtils, ce qui réduit considérablement la liberté du joueur et plombe l’expérience. Je passe sur le respawn mal camouflé (c’est toujours amusant de voir se téléporter des ennemis sur le champ de bataille), pour l’exemple plus parlant des missions d’infiltration. Un coéquipier vous y guide pas à pas (quand avancer, où se cacher), et le moindre écart du joueur provoque le branle-bas de combat des ennemis, qui ne vous avaient pourtant pas remarqué à côté d’eux quelques secondes plus tôt. La mort suit rapidement face à des adversaires étrangement efficaces. Frustrant, incohérent, et surtout trop contraignant.

Mais là où le bât blesse véritablement, c’est sur la difficulté risible, en tout cas pour ce qui est de la version PC. La faute à une IA affligeante pour une production de cette ampleur. Les ennemis ne tiennent pas compte de votre position, viennent se planquer sous votre viseur, et attendent même parfois quelques secondes avant de vous tirer dessus, le tout en difficulté maximale… Bref, ils ne sont ni réactifs, ni futés, et le jeu se résume à du tir au pigeon. Un exercice d’autant plus facile que le comportement des armes est peu réaliste. Peu de recul, une cadence de tir très élevée, même pour les fusils snipers, et des munitions infinies grâce au réapprovisionnement de vos coéquipiers. Heureusement, le mode Tier 1, qui nécessite de recommencer les missions sans mourir et en temps limité, apportera un peu plus de challenge sans être insurmontable. Résultat, malgré la mise en scène et la variété du jeu, on s’ennuie ferme et ce très rapidement.

Battlefield: Medal of Warfare

Pour ce qui est du multi, c’est le studio DICE, connu pour les très bons Battlefield, qui s’est chargé du développement. On se retrouve donc face à un tout autre jeu qu’en solo, disposant d’un autre moteur et même d’autres commandes. On en regrette d’ailleurs l’absence d’un didacticiel pour informer le joueur de ces particularités. Pour les joueurs de Battlefield, on est néanmoins en terrain connu, l’interface étant grosso modo récupérée de Bad Company 2, de même que les classes (soldat, spécialiste, sniper) et les modes de jeu (capture de drapeau et assaut, ainsi que le classique deathmatch). La spécialité de DICE est donc au rendez-vous, à savoir le mode assaut, dans lequel une équipe doit attaquer plusieurs objectifs successivement tandis que l’autre les défend. Un concept qui fait la part belle à la stratégie et à la coopération, et qui offre des parties épiques et immersives. Bref, le multi profite d’une base solide qui a déjà fait ses preuves, et qui permet à DICE de sauver un peu les meubles.

Il ne faut pourtant pas se leurrer, le studio suédois semble s’en être gardé sous le coude pour s’assurer l’avenir de sa licence maison. Le contenu multijoueur de MoH est en effet bien moins riche que celui de Bad Company 2: pas d’environnements destructibles, moins de classes, moins d’armes et d’accessoires, presque aucun véhicule… Les possibilités sont ainsi réduites, d’autant que les maps sont très petites. Sur une note positive, la taille des maps offre un plus grand dynamisme, et on s’amuse immédiatement sans jamais s’ennuyer. Un compromis, en quelque sorte, entre les expériences multi de Battlefield et de Modern Warfare. Malheureusement, l’équilibre du jeu en prend un sacré coup, les modes de jeu et le nombre de joueurs étant trop peu adaptés à des maps si petites. En particulier, les objectifs en mode assaut sont souvent trop proches, ne laissant que peu de temps à la défense de se replier, tandis que les parcours possibles pour les attaquants sont trop peu nombreux et trop vulnérables à la campe. Finalement, si on s’amuse indéniablement, le jeu en ligne de Medal of Honor manque de profondeur pour tenir en haleine le joueur sur le long terme. On préférera donc rester chez la concurrence, dont les modes multijoueurs ont déjà une durée de vie virtuellement infinie.

Conclusion: 5,5/10

Solo : 4/10
Multi : 7/10

Seul le multi, grâce au talent des développeurs de DICE qui ne se sont pourtant pas trop forcés, parvient à sauver la face de ce Medal of Honor nouvelle génération. La campagne solo, malgré une mise en scène correcte, souffre d’une IA ennemie désespérante qui nuit autant à l’immersion qu’à la difficulté du jeu. Reste donc un divertissement médiocre, qui même sur ses points forts ne peut faire le poids face à une concurrence bien trop acharnée.

Medal of Honor
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