Test de Clair Obscur : Expedition 33 – Une fresque onirique qui redéfinit le JRPG

Depuis son annonce fracassante lors du Summer Game Fest 2024, Clair Obscur : Expedition 33 portait sur ses épaules les espoirs des amateurs de RPG, et plus encore ceux d’un public français fier de voir un studio montpelliérain, Sandfall Interactive, s’attaquer à un genre dominé par les géants japonais. Premier projet d’une équipe d’une trentaine de passionnés, est-il à la hauteur de l’attente ? Après une cinquantaine d’heures passées dans son univers envoûtant, une chose est sûre : ce n’est pas seulement un grand jeu, c’est une œuvre d’art qui marque un tournant dans le paysage vidéoludique.

 

Un tableau vivant aux accents français

Dès les premières minutes, Clair Obscur : Expedition 33 vous happe dans un univers d’une beauté sidérante. Inspiré de la Belle Époque et du surréalisme, le monde du jeu évoque un Paris post-apocalyptique fracturé, où l’Arc de Triomphe flotte en morceaux et la Tour Eiffel semble aspirée par le ciel. Chaque décor, chaque monstre, chaque lumière semble peint à la main, comme une toile impressionniste animée. Développé sous Unreal Engine 5, le jeu tire parti de jeux de lumière sublimes et d’une direction artistique qui marie romantisme français, fantasy gothique et influences picturales, de Rembrandt à Monet.
 
L’histoire suit l’Expédition 33, un groupe de volontaires menés par Gustave, un ingénieur au bras mécanique, dans leur quête désespérée pour arrêter la Peintresse, une entité divine qui, chaque année, efface de l’existence tous les habitants de Lumière ayant atteint un âge précis – cette fois, 33 ans. Ce postulat dystopique, teinté de mélancolie, est porté par une narration cinématographique et des personnages profondément humains, comme Maelle, la sœur adoptive de Gustave, ou Sciel, une guerrière résignée à son destin. Les dialogues, doublés avec brio en français et en anglais (mention spéciale au casting incluant Ben Starr et Charlie Cox), alternent entre humour pince-sans-rire et moments d’une intensité poignante, faisant de chaque cinématique un moment mémorable.

Un gameplay qui réinvente le tour par tour

 
Le cœur de Clair Obscur réside dans son système de combat, une fusion audacieuse de tour par tour stratégique et de réflexes en temps réel. Chaque attaque, qu’elle soit physique ou magique, demande de réussir un QTE (Quick Time Event) pour maximiser les dégâts, tandis que les ennemis ripostent avec des assauts qu’il faut esquiver ou parer via des pressions de touches parfaitement timées. Ce mélange de rythme et de tactique rend les affrontements dynamiques, presque chorégraphiés, et rappelle des titres comme Sekiro par sa demande de précision.
 
Chaque personnage – Gustave, Maelle, Sciel, Lune, et d’autres – possède un style de combat unique. Gustave excelle dans les attaques à distance, Maelle joue sur des postures d’escrime, et Sciel manipule des cartes pour des combos dévastateurs. Les arbres de compétences, les Pictos (artefacts modifiant les stats), et les Luminas (équipements spéciaux) offrent une personnalisation poussée, permettant des builds variés et des synergies complexes. Cependant, cette richesse peut rendre les menus parfois illisibles, et la répétitivité du QTE unique pour toutes les compétences peut lasser à la longue.
 
L’exploration, quant à elle, est plus linéaire que dans un monde ouvert, avec une mappemonde et des zones en couloirs ponctuées de coffres, énigmes et boss optionnels. Si l’absence de mini-carte renforce l’immersion, elle peut frustrer, bien que la boussole ajoutée compense en partie. Les quêtes annexes et donjons cachés ajoutent du contenu, mais certaines phases de plateforme, mal calibrées, détonnent dans l’ensemble.

Une symphonie visuelle et sonore

Visuellement, Clair Obscur est une claque. Les environnements, des plaines brumeuses aux ruines suspendues, débordent de détails et d’atmosphère, malgré quelques légers soucis de clipping. Sur PC, le mode Ultra Wide magnifie l’expérience, tandis que les consoles offrent un ray-tracing convaincant et deux modes (Qualité à 30 fps, Performance à 60 fps). Les temps de chargement, quasi inexistants, préservent l’immersion.
 
La bande-son, composée par Lorien Testard, est un chef-d’œuvre à part entière. Avec huit heures de musique orchestrale, elle oscille entre mélancolie à la NieR et épique à la Final Fantasy X. Chaque thème accompagne parfaitement l’ambiance, des chansons en français d’Alice Duport-Percier aux mélodies discrètes des moments d’accalmie. Cette BO, déjà plébiscitée dans les classements musicaux, est un argument à elle seule pour plonger dans le jeu.

Une ambition parfois freinée

Malgré ses nombreuses qualités, Clair Obscur n’est pas exempt de défauts. La linéarité de la structure peut décevoir les amateurs d’exploration libre, et le level design, bien que somptueux, manque parfois d’interactivité. L’interface, riche mais surchargée, complique la gestion des compétences et des équipements, surtout en combat. Enfin, certains reprochent au système de combat d’être trop punitif, les parades et esquives étant quasi obligatoires pour survivre en mode normal, ce qui peut rebuter les joueurs moins aguerris. Le mode Histoire, plus accessible, atténue ce problème, mais rend les affrontements presque trop faciles, nuisant à l’équilibre.
 
Verdict : 89%

Clair Obscur : Expedition 33 n’est pas parfait, mais il est inoubliable. Une lettre d’amour au JRPG, un hommage à l’art, et une preuve que les petites équipes peuvent accomplir des miracles. Cocorico, Sandfall Interactive signe un chef-d’œuvre qui, espérons-le, n’est que le début d’une grande aventure.

Par ShadowGunner

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