Loadia, le « Letterboxd des jeux vidéo » : rencontre avec son créateur
Loadia s’impose peu à peu comme l’application de référence pour cataloguer, noter et partager ses expériences de jeux vidéo. Souvent comparée à Letterboxd, la plateforme se distingue par une approche minimaliste et personnelle. Dans cette interview, son créateur revient sur les origines du projet, le choix (ou non) de ce positionnement, et la manière dont il a pensé le système de notation et d’avis pour rester engageant au quotidien.
Loadia est souvent présentée comme « le Letterboxd des jeux vidéo ». Est-ce un positionnement que vous avez volontairement choisi dès le départ, ou est-ce une comparaison qui s'est imposée après le lancement ?
- Bien avant que je prenne connaissance de Letterboxd, je travaillais déjà sur le design de l'application en 2018. À la base, il s'agissait d'une feature pour ma précédente appli, Lanslot, un réseau social qui permettait la mise en relation de joueurs. Nous avions quasiment 1M d'utilisateurs et, par manque de financement, nous avons dû mettre la clé sous la porte. Je pense que nous étions trop en avance. Aujourd'hui, on dirait que c'est l'inverse qui se produit : je commence par une collection pour finir sur du social media. Je ne vais pas m'amuser à dire que j'étais le premier ni quoi que ce soit, au contraire, je suis la tendance et j'utilise les bons mots-clés pour résonner dans le cœur des potentiels utilisateurs afin de leur faire découvrir l'appli. Ensuite, quand t'es dessus, ça n'a plus rien à voir. T'es dans mon monde haha !
Comment avez-vous conçu le système de notation et d'avis pour qu'il reste engageant ?
- C'est un open world. Tu découvres ou redécouvres des jeux, tu vois ce que les gens en pensent, tu es d'accord, tant mieux, tu ne l'es pas, prends la parole. L'idée, c'était vraiment de créer un outil minimaliste à mon image. Je sais que dans le gaming on adore les stats et les dashboards bien fournis, mais sur mobile c'est compliqué, c'est pour ça que je réserve un outil plus fourni sur le web pour les plus aguerris, disons. Sinon, le système de swipe, je l'ai fait pour moi à la base, et quand je me suis retrouvé devant des pépites comme Mark of the Ninja, Prototype ou encore Trine, je me suis dit qu'il y avait un truc !
Loadia propose des recommandations basées sur les notes des utilisateurs. Comment fonctionne concrètement cet algorithme et comment évitez-vous qu'il n'enferme les joueurs dans leurs goûts habituels ?
- Les recos sont basées sur les goûts et collections des joueurs, mais toujours dans l'idée de faire découvrir de nouvelles choses. Donc si tu as aimé un jeu de Klei Entertainment comme Don't Starve, il se peut que tu kiffes leur précédente création, Mark of the Ninja, donc il te sera sans doute proposé. Parfois, les thématiques des jeux permettent un matching : t'as aimé Watch Dogs ? Essaie Cyberpunk. C'est différent, mais il y a ce côté hacker et tech qui revient.
Vous avez choisi un modèle gratuit avec publicités + un abonnement très accessible (Loadia Plus). Pourquoi ce choix plutôt qu'un freemium plus restrictif ou un modèle purement payant ?
- J'ai fait en fonction de moi. Je suis client des applications gratuites qui permettent des bonus ou du cleaning de pub, comme YouTube ou encore Letterboxd. Ça restera gratuit à vie, l'objectif est de devenir une référence dans le milieu, une référence de neutralité bâtie sur les choix de la communauté gaming avant tout. Je suis très heureux là où j'en suis, je n'ai pas besoin d'investisseur pour me dire de mettre des pubs partout pour sucer le sang de mes utilisateurs. J'en ai mis juste assez pour tester, donner une raison de prendre l'abonnement et soutenir le projet pour permettre plus de développement.
Loadia a connu un lancement très médiatisé en quelques jours. Quels ont été les retours les plus inattendus ou les plus utiles de la part des premiers utilisateurs ?
- Le solo player en moi a été rappelé à l'ordre. À la base, j'ai fait cette application pour moi parce que c'est l'outil qui me manquait, mais à la sortie de l'app, tout le monde a réclamé de pouvoir regarder la collection de ses potes hahah. Je suis tellement concentré sur moi que ça ne m'intéresse pas de regarder les jeux des autres, mais il faut croire que ça intéresse du monde, et je peux comprendre pourquoi. T'imagines, tu peux stalker à quoi Xabab a joué dans sa jeunesse ? Pourquoi se gêner !?
Comment voyez-vous la place de Loadia face à des applications plus orientées collection physique et valorisation, comme Qwargs ? Concurrence, complémentarité, ou deux univers différents ?
- C'est difficile, parce que je ne connaissais pas la concurrence avant le développement de l'app. La partie humaine, qui m'a toujours fait défaut en business, se dit que j'ai pris la lumière de certains, mais en parallèle j'ai vu à quel point Loadia a pu en aider d'autres, et c'est tant mieux. Je veux être la référence à terme, mais je ne veux pas bloquer les utilisateurs. Surtout qu'en tant que personnalité publique, t'as des gens qui peuvent pas me blairer. T'as déjà des groupes de hackers qui cherchent à tuer l'app pour le fun, donc je ne veux pas que ces personnes se sentent obligées d'aller sur mon app (surtout, je ne veux pas qu'elles soient sur l'app lol). La partie business qui s'est construite me dit que je dois aller loin et proposer ce dont les joueurs ont besoin, et la collection physique est un héritage primordial qui m'a construit, donc je me développerai dans ce sens à terme, une fois que j'aurai soumis ma vision initiale, qui est d'avoir un lieu de collection « sociale ».
Prévoyez-vous d'intégrer des fonctionnalités liées à la collection physique (scan, état, valeur) ou souhaitez-vous que Loadia reste centrée uniquement sur l'expérience de jeu et le partage ?
- Oui, complètement. C'est une application de collection à part entière. Je veux que les collectionneurs du physique puissent s'y retrouver et faire perdurer la tradition. À l'heure où le dématérialisé prend d'assaut nos boîtes de jeux, il faut absolument qu'on pousse, unis.
Vous aviez déjà lancé Lanslot il y a plusieurs années. Quelles leçons de cette expérience avez-vous directement appliquées (ou volontairement évitées) en construisant Loadia ?
- L'application a été en partie créée par des agents IA que j'ai formés et qui sont forces de proposition dans les technologies utilisées pour le développement de l'app. Sans l'IA, je n'en serais pas là. Déjà des centaines de correctifs et d'optimisations dans tous les sens en l'espace de quelques jours, et 3 grosses mises à jour en moins de 72h au lancement. Et surtout, top 3 dans les stores. Auparavant, ça m'aurait demandé 300K€, 3 devs, 1 CTO, des investisseurs et des mois. Sinon, pour les leçons : je dois apprendre à m'écouter. Il y a quelques années, sur N64, sur Super Mario 64, je me suis retrouvé dans le hall du château, j'ai regardé le plafond assez longtemps pour débloquer un niveau dans les airs où Mario pouvait voler. Ce jour-là, j'ai compris que la curiosité n'était pas un défaut. J'ai commencé à m'ouvrir à d'autres types de jeux, kiffé ma première héroïne avec Lara Croft, et lancer des couteaux avec Ali dans Arabian Nights (l'ancêtre de Prince of Persia). Et donc, à partir de là, je sais que je suis le gamer par excellence, celui qui joue à tout et qui comprend le jeu vidéo. Donc j'ai tout intérêt à m'écouter et à écouter ceux qui me ressemblent pour créer l'outil qui nous plaira à tous !
Dans deux ans, que devra être Loadia pour que vous considériez le projet comme une réussite ?
- Très souvent, quand je ne sais pas quoi regarder comme série, je vais sur Allociné pour regarder le top actuel, et très souvent, dans le top 10, je retrouve des séries qui appartiennent à leur groupe… Je ne trouve pas ça très naturel. Tu ne peux pas me dire qu'une série médiocre soit devant les plus grandes séries les mieux notées, dont TOUT le monde parle. Bah, j'veux tout sauf ressembler à ça haha. Je veux que quand quelqu'un qui ne sait pas à quoi jouer décide de lancer Loadia, il trouve un jeu direct. Et dès que cette personne commence un jeu ou le finit, qu'elle fonce sur l'application pour nous le dire et le logger dans sa propre collection !
Pour conclure, entre héritage d’un précédent projet social et volonté de proposer une expérience épurée, Loadia se construit comme un espace personnel avant d’être un réseau. Loin de se contenter de la comparaison avec Letterboxd, son créateur assume une vision plus intime et mobile-first, où le swipe et la découverte priment sur les statistiques. Une approche qui pourrait bien séduire une nouvelle génération de joueurs en quête de simplicité… et de pépites oubliées.
Encore merci à cheldi pour le temps consacré à cette interview et nous lui souhaitons une bonne réussite.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site officiel de Loadia