Test d’Heavy Rain (PS3)
L’histoire des jeux vidéo est pleine de croisements entre notre média et l’industrie cinématographique… Les adaptations de films sont légions et les portages de jeux vidéo au cinéma le sont de plus en plus, mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous d’un côté comme de l’autre.
Quand l’équipe de Quantic Dream annonce le développement de Heavy Rain sur Playstation 3, un film interactif, je reste sceptique sur le déroulement de celui-ci et méfiant sur les premières images et vidéos qui arrivent sur la toile.
Rendez vous compte que le studio veut révolutionner notre passe-temps favori, rien que ça.
Heavy Rain se veut être un titre monté comme un film, avec une trame scénaristique forte, des personnages tout aussi importants dans le déroulement de l’intrigue et une ambiance indéniablement inspirée de films comme Seven de David Fincher et des films policier bien noirs.
Est-ce que cette formule peut-être adaptée sur console ou PC, bien des titres se sont cassés les dents la dessus et d’autres sont devenus des mythes pour ses fans, comme la série des Metal Gear de Kojima avec ses scènes qui prennent plus de la moitié du temps passée devant la TV dans ses jeux.
Comment parler du titre sans trop en dévoiler pour ne pas vous gâcher le plaisir de jeu et de la découverte, l’histoire de début est simple, Ethan Mars est un homme qui a réussi, architecte mais surtout père, une femme et deux enfants illuminent sa vie au quotidien et font de lui l’homme le plus heureux sur Terre. Mais, oui il faut un mais, un évènement tragique va chambouler son existence, et celui de toute la famille, qui aura pour conséquence d’en amener un autre un peu plus tard.
Au cours de votre aventure, d’autres acteurs vont faire leur apparition, jouable ou non, ils auront leur importance dans le déroulement de l’intrigue jusqu’au dénouement final. C’est ainsi que Norman Jayden, agent du FBI se voit chargé d’enquêter sur le tueur aux origamis avec l’équipe en place, dont Drake Blake, policier qui n’hésite pas à employer certaines méthodes pour arriver à ce qu’il veut avec ses suspects. Scott Shelby, ancien flic devenu détective privé, est lui engagé par les familles des victimes pour découvrir qui se cache sous les pliages du tueur et ira prendre contact avec Lauren mère d’un des enfants. Enfin, la très sexy Madison Paige, photographe sujet à des insomnies récurrentes qui pourrissent ses nuits et lui donnent des cauchemars lugubres.
Pluie du matin, chagrin
Le casting en place, l’autre acteur majeur du jeu est l’ambiance, aussi bien graphique que sonore.
La pluie, la pluie en permanence, quand on dit que Seven est l’inspiration pour le film, la pluie le confirme encore plus. Du début à la fin, pas un rayon de soleil dans la vie de nos personnages (exceptée la toute première séquence qui fait office de tutorial), pourtant l’image ne tire pas trop vers un gris ou un marron qui pourrait être la teinte majeur, beaucoup de passages en intérieur viennent égailler le déroulement de la partie, hôtel, commissariat, superette ou boite de nuit seront là pour ne pas vous faire déprimer par toute cette pluie qui ne cesse de tomber.
L’ambiance sonore, et surtout deux thèmes en particulier qui sont omniprésents durant votre aventure, viennent accompagner le déroulement du jeu pendant les scènes où le suspense est bien présent et les nombreux cliffhangers (dont un est « horrible » à vivre pour notre soif de savoir dans l’enquête).
Un bémol à la synchronisation labiale quand on passe le jeu en français, le casting et le jeu des acteurs sont de qualité, mais le jeu ayant été réalisé en anglais, il est vraiment préférable de le vivre dans la langue de Shakespeare pour un visuel naturel.
Un roulement et un bâton bien au fond !
Techniquement, le jeu est d’une qualité rarement atteinte sur Playstation 3, les gros plans sur les visages sont très réalistes et le design général l’est tout autant. Cependant, la rigidité des personnages que l’on contrôle, qui semblent avoir un balais au plus profond de leur personne, peut paraitre gênante et encore plus dans les phases de déplacements, le prix d’une réalisation de cette qualité sûrement. Autre détail qui saute aux yeux, le roulement des fesses permanent des actrices féminines… avaient-elles un déhanché aussi prononcé durant les motion-captures, j’en doute. Pour le reste, le jeu est une véritable réussite tant il est riche en détails dans les décors et toutes les personnes rencontrées.
Bien plus qu’un QTE ?
Heavy Rain veut ré-ouvrir une brèche qui peine à attirer les foules, le Q.T.E (Quick Time Event = Action rapide d’évènement, comme on pourrait le traduire) en place il y a des années sur Dragon’s Lair et plus proche de nous avec Shenmue de Sega.
Mais il s’agit bien plus que ça, on parle ici de M.P.A.R (Motion Physical Action Reaction, un choix multiple d’action en somme, mais jusqu’où va ce choix que l’on vous offre ?
Pris au jeu au début, il devient évident au fil de l’histoire que nombre d’embranchements mènent au même résultat, bien sûr qu’il est impossible aujourd’hui d’offrir à chacun tous les choix possibles afin de se forger sa propre histoire, et les développeurs ont du faire eux même des choix. La magie opère à qui veut se plier au minimum au jeu et c’est sûrement le plus important… Reste que l’on peut être frustré de ne pas pouvoir aller vraiment où l’on veut et/ou faire certaines actions quand on le souhaite plutôt que d’avoir un choix imposé, je pense ici le fait de visiter certaines pièces ou zones, interagir sur des éléments du décor etc…
Les fins de la fin !
Le déroulement du jeu ne sera pas identique à chacun et provoquera des débats et des discussions sur les choix que vous aurez fait et pourquoi, c’est sûrement le but recherché par les développeurs de chez Quantic Dream et là dessus c’est réussi.
Malgré le fait que l’on vous guide vers un point final, celui-ci n’est pas forcément le même pour tous et vous aurez toutes les scènes pour y aller, le jeu peut aussi bien être court que long selon les résultats des choix que l’on vous proposera et votre réussite sur les moments clés.
Conclusion 8/10
Plus qu’un jeu, Heavy Rain est une expérience, entre le jeu et le film interactif, Quantic Dream peut se vanter d’avoir mené à bien son projet. Reste qu’il y aura les fans et les détracteurs pour ce genre de résultat, et je suis plutôt du côté de ceux qui ont vécu l’expérience et qui n’en ressortent pas indemne. Une fois le jeu terminé, on est pris par l’envie de revenir sur les moments clés afin de voir jusqu’où les développeurs ont poussé la possibilité des scénarios, et ma foi même si certains embranchements ont le même résultat, il est intéressant de voir comment on s’y rend et je ne parle même pas des multiples fins possibles qui sont en rapport direct avec tout ce qui se passe dans le jeu.
Heavy Rain est un jeu à vivre, le plus simple pour comprendre, ressentir, apprécier ou détester le titre est tout simplement d’y jouer et d’aller au bout de l’aventure sans faire semblant… ne serait ce que pour découvrir qui est le tueur aux origamis…