Metal Gear Solid
Metal Gear Solid…un jeu, presque une saga, qui raisonne en beaucoup de joueurs comme aucun autre jeu. Et si cette aventure permet de vivre des émotions aussi fortes, c'est avant tout grâce à son créateur, Hideo Kojima. Car au-delà du plaisir ludique que le titre procure, c'est bien la profondeur de son contenu et les questions posées par son auteur qui font la différence. Et font de Metal Gear une œuvre à part, à la croisée des chemins.
Commencée dans les années 80 sous l'ère du MSX et de la NES de Nintendo, la série Metal Gear a connu la consécration avec Metal Gear Solid, sorti en 1998 sur PS One. Aujourd'hui ce sont de nouvelles consoles, au premier rang desquelles la PS 2, qui accueillent les nouvelles aventures de son héros, Solid Snake. D'abord avec Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty (2002), puis avec le très attendu Metal Gear Solid 3 : Snake Eater (2005). Mais avant de s'interroger sur ce qui fait la force et la particularité de la série, un petit rappel historique et scénaristique s'impose.
Un jeu, une histoire
Au commencement était un contexte, celui de la Guerre Froide. En effet, Hideo Kojima n'a jamais caché son intérêt pour la géopolitique, la course aux armements, et les enjeux sécuritaires qui en découlaient. Ainsi, les premières aventures de Solid Snake (Metal Gear, 1987) mettent ce dernier face à un tank nucléaire, le Metal Gear, véritable révolution technologique et " chaînon manquant entre l'infanterie et l'artillerie ". Mais plus encore que l'arme elle-même, c'est la traîtrise de Big Boss, son supérieur au sein de l'unité Fox Hound, qui déchaîne la colère de Snake et le mène à la victoire. Déjà, les notions d'idéologie, de patriotisme et de loyauté sont au centre de l'intrigue, alors même que ces thèmes semblent au cœur du prochain volet. Le second épisode (Metal Gear 2 : Solid Snake, 1990) se place naturellement dans la continuité de la première aventure en opposant une nouvelle fois Snake à un Metal Gear dirigé par ses anciens alliés, Big Boss et Grey Fox.
Si ces aventures sont censées se dérouler durant les années 90 (1995 pour la première et 1999 pour la deuxième), elles sont toutefois marquées par l'influence de la course aux armements que se livrent les USA et l'URSS au cours des années 80. A l'époque de la conception des jeux, la suprématie militaire n'est pas un vain mot et fournit le cadre de l'obsession nucléaire décrite par Hideo Kojima. Nous verrons d'ailleurs plus tard que la Guerre Froide n'a pas fini de livrer ses secrets et que sur cet aspect, le prochain volet risque de nous réserver quelques belles surprises. Reste que c'est véritablement avec Metal Gear Solid (1998) que la trame va se mettre en place et prendre toute son ampleur.
Révolution technologique et artistique
La sortie de Metal Gear Solid sur Playstation est une révolution à plus d'un titre. Tout d'abord, elle coïncide avec l'avènement de Sony en tant que leader sur le marché des consoles de salon, détrônant ainsi Nintendo et surtout Sega. Surtout, sur un plan technique, le jeu démontre les capacités de la console en utilisant au maximum son potentiel. Ce n'est pas pour rien que Hideo Kojima s'était jusque-là refusé à poursuivre sa série : il lui fallait la puissance de la 32 bits de Sony ! Résultat : des graphismes sublimes, un concept incroyablement novateur (l'infiltration au cœur du gameplay), et une jouabilité sans failles. Le quasi sans-faute !
Mais plus que cela, c'est la profondeur du background qui donne au jeu ses lettres de noblesse et lui permet de prétendre au statut d'œuvre d'art. Au fil de l'histoire (l'île de Shadow Moses, au large de l'Alaska, est prise d'assaut par d'anciens membres de Fox Hound réclamant la dépouille de Big Boss à des fins scientifiques), Snake est confronté à son passé et apprend qu'il est lui-même le fruit d'expérience génétiques. Par ce biais, Kojima sollicite la réflexion du joueur sur de nombreuses questions toujours d'actualité : qu'il s'agisse de génétique, d'armement ou d'écologie, tout est prétexte à un questionnement philosophique (n'ayons pas peur des mots !) sur l'humain et sa place au sein de la société.
Paix et Guerre par Hideo Kojima
Sur la militarisation de la société tout d'abord. Le contexte stratégique est brillamment décrit, à commencer par la présence dès le début du jeu du chef du DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) qui est une structure américaine tout ce qu'il y a de plus réelle. Son travail et son poids sur les décisions gouvernementales en matière d'armement en font un acteur incontournable de la scène politique US. Autre exemple, il est fait mention plusieurs fois des Traités START (Strategic Arm's Reduction Talks) dont le premier, effectivement signé en 1991, a pour objectif la réduction de 30% des armements nucléaires offensifs à longue portée. Tout ceci concourt à une prise de conscience de la part du joueur : ses actions, bien que virtuelles, s'inscrivent dans une évolution du monde bien réelle, tangible, et pour tout dire assez effrayante !
Sur la génétique et la filiation ensuite. Plus que la menace terroriste qui sert de fil conducteur à l'aventure, c'est ce thème qui occupe le devant de la scène. Confronté à ses propres origines, Solid Snake nous guide vers une réflexion sur l'inné et l'acquis : Liquid Snake et lui sont deux résultats différents d'une même manipulation génétique résultant du programme " Les Enfants Terribles ". Et si l'un (Liquid) n'a d'autre but que de prouver au monde qu'il est bien le digne successeur de son géniteur (Big Boss) malgré ses déficiences, l'autre (Solid) n'a de cesse de creuser sa propre voie afin de montrer le poids et finalement la prépondérance du cheminement personnel. Il est intéressant de noter que cette problématique du destin se retrouve dans l'histoire de bon nombre de personnages liés à l'intrigue : Meryl (la nièce du Colonel), Psycho Mantis, Otacon, Sniper Wolf, autant d'individus pris au piège de leur propre destinée.
Nous verrons que dans Metal Gear Solid 2, Kojima affine ce thème de la filiation à travers le filtre de la transmission du savoir, pour un message finalement plus positif. Car ce qui ressort de cette aventure, c'est la détresse des personnages et leur incapacité (Solid Snake compris) à prendre totalement leur vie en mains…
Autre thème et non des moindre, celui de l'écologie. Moins explicites que les autres interrogations soulevées par Kojima, celles concernant l'avenir de la planète déterminent pourtant le climat du jeu, son atmosphère. On apprend ainsi dès l'introduction que Solid Snake vit isolé en Alaska depuis ses précédents exploits. Le choix de ce territoire, symbole de pureté et de communion avec la nature, n'est pas un hasard. Idem en ce qui concerne sa relation avec les loups (féroces mais purs, eux aussi), que l'on retrouve dans le personnage de Sniper Wolf. Et l'ensemble du jeu, graphiquement marqué par les étendues de neige et les tempêtes, semble vouloir donner une place de choix à la nature.
To be continued…