PlayStation et la honte éternelle
playstationinside.fr
Ce mercredi 1er juillet 2026 est un jour sombre pour le jeu vidéo. PlayStation vient en effet d’annoncer la fin de la production de disques pour tous les jeux en physique sortant sur ses consoles à partir de 2028. Tous les jeux sortant sur PlayStation à partir du 1er janvier 2028 seront donc en version dématérialisée, soit sur le PS Store soit dans des « codes in the box », comme ce sera déjà le cas pour GTA VI cette année. N’y allons pas par quatre chemins : avec cette décision, PlayStation se couvre d’une honte éternelle, dans ce qui est déjà la pire génération de consoles de l’histoire du jeu vidéo. Édito. Qu’il paraît loin le temps où PlayStation (ici à l’E3 2013) faisait la promotion des disques physiques… Que dire, que dire face à une telle décision ? Peut-être en commençant par se faire l’avocat du diable ? Comment expliquer la décision de PlayStation ? Si on se met du côté de la firme japonaise, l’arrêt de la production de jeux en physique a quatre explications qui en font, de son point de vue, une suite logique : Le changement radical, il est vrai, des habitudes de consommation : avec plus de 80% des achats de jeux à travers le monde qui privilégient le dématérialisé, PlayStation considère qu’il ne sert plus à grand-chose de continuer à soutenir un marché du physique qui vit ses dernières heures. Et après l’annonce de Rockstar, qui a ouvert la boîte de Pandore en vendant GTA VI uniquement en version numérique (sur les stores en ligne et en code in a box), PlayStation n’a plus eu qu’à s’engouffrer dans le sillage pour annoncer cette décision. GTA VI sera vendu uniquement en numérique, avec un code dans la jaquette pour le format physique Une meilleure maîtrise globale du marché (prix et promotions) : en arrêtant la production de disques pour ses jeux physiques, PlayStation se donne aussi la possibilité de contrôler, de manière quasi complète, le prix de vente et les promotions sur les jeux sortant sur ses consoles. En effet, à partir du moment où une version numérique d’un jeu ne donne accès qu’à un code de téléchargement à usage unique, le marché de l’occasion n’a plus de sens. Et qui dit mort du marché de l’occasion, dit fin du seul segment du marché sur lequel les constructeurs et éditeurs n’ont pas de contrôle. Désormais, PlayStation aura un contrôle quasi-total. Il restera certes des magasins qui continueront à faire des promotions sur les jeux en boîte, à l’image de Leclerc qui vend GTA VI à 60 euros, mais combien de temps cela va-t-il durer ? Et surtout, quel consommateur continuera à acheter des jeux en boîte s’il ne peut avoir que de vulgaires papiers avec un code à l’intérieur ? À ce rythme-là, autant acheter ses jeux en numérique afin de se dégager de la place chez soi. Et ne nous voilons pas la face : c’est exactement sur ce genre de réflexion que PlayStation compte pour faire migrer tous ses clients sur son Store et capter 100% des revenus de cette manière… Le centre du monde du jeu vidéo sera désormais le PS Store, à partir de 2028 Des économies de coûts logistiques (production de CD, même si les boîtes restent, pour le moment…) : les coûts de production des boîtes et des disques de jeux sont aussi à prendre en compte. Dans une économie où les coûts augmentent sans cesse, et ce dans tous les domaines, chaque économie est bonne à prendre. Et le marché du physique ayant tout l’air du coupable idéal, c’est bien évidemment lui qui a été choisi. Des économies de coûts de production pour la PS6 : c’est dorénavant un secret de polichinelle. Après la PS5 Pro, il était probable que la PS6 fasse de même et n’ait pas de lecteur de disque. Avec l’annonce du jour, ça devient quasiment officiel. Cela engendrera aussi des économies de coûts de production pour Sony. Tout du moins pouvons-nous espérer que la PS6 garde un lecteur de disque amovible, que nous pourrions utiliser pour les jeux rétrocompatibles et les films. Seul l’avenir nous le dira… Voilà pour la position d’avocat du diable. Prenons désormais la seule position valable, à savoir celle de critique de cette décision, pour en expliquer les conséquences désastreuses pour le jeu vidéo. Un effet d’entraînement pour les autres constructeurs et éditeurs… sauf Nintendo ? Comme pour GTA VI, dont la sortie en version numérique et code in the box va certainement faire des émules, la décision de PlayStation va très probablement être suivie. On pense en premier lieu à Xbox, qui s’épargne la pluie de critiques liée à la primauté de cette annonce. Mas on peut aisément imaginer la firme de Redmond prendre le même chemin pour sa future console, le projet Hélix. Reste Nintendo. Pour l’instant placé entre deux chaises, le constructeur japonais pourrait ne pas suivre PlayStation et Xbox, d’autant que les Game Key Cards lui offrent déjà une certaine flexibilité. À l’image de ce que sera GTA VI et de ce à quoi ressembleront les jeux sur PS6, certains titres sortent sur Nintendo sans cartouche, mais avec un simple code dans une boîte. La différence fondamentale est cependant que ce code est réutilisable. On peut donc revendre son jeu, le prêter et continuer à faire vivre le marché de l’occasion de cette manière. Rien ne dit que PlayStation fera de même, et c’est même très peu probable au fond, car cela maintiendrait en vie un marché de l’occasion qui leur fait perdre objectivement des revenus. Les Game Key Cards L’arrêt de mort du marché de l’occasion et la fin annoncée des magasins de jeux vidéo Parlons-en justement, du marché de l’occasion. Et si on en parle, autant en parler franchement : c’est la fin. Le marché de l’occasion va mourir. Dans un monde où les jeux PlayStation, très certainement Xbox, et le PC seront totalement numérisés, il ne nous sera plus possible à partir de 2028 de revendre nos jeux ou de les prêter. Avec cette décision, c’est un marché entier qui disparaîtra dans deux ans, les codes étant à usage unique. Il faudra s’attendre à ce que le marché de l’occasion devienne simplement le marché du rétrogaming, car les seuls jeux encore revendables et échangeables seront ceux sortis jusqu’à la génération actuelle. Et si le marché de l’occasion se meurt, il entraînera dans sa chute tout un écosystème de magasins de jeux vidéo qui n’auront plus de sens. Les boutiques de rétrogaming subsisteront sûrement, mais quid des magasins « classiques » ? Quid des Micromania, GameStop et compagnie ? Comme écrit plus haut, la stratégie de PlayStation est évidente. L’idée est de pousser les joueurs vers le PS Store, en comptant sur le fait que nous trouverons tous cela inutile d’acheter des boîtes si c’est pour ne pas avoir de disque à l’intérieur. Et lorsque les consommateurs arrêteront d’acheter leurs jeux en physique en magasin, ces mêmes magasins n’auront plus de quoi survivre. En une seule décision, ce sont donc des milliers d’emplois et d’entreprises à travers le monde qui seront potentiellement impactés. Bravo et merci, PlayStation. Courage à Micromania Le consommateur, véritable dindon de la farce Abordons désormais le sujet du consommateur. Ou plutôt, du dindon de la farce. Dans un monde où tous les jeux seront numériques et où tous les codes seront à usage unique, voici ce qu’il va se passer : Nous ne posséderons plus nos jeux, mais simplement des copies ouvrant droit à une licence d’utilisation. Le fait de ne pas posséder nos jeux nous exposera donc au bon vouloir des éditeurs, qui pourront décider d’un jour à l’autre de fermer les serveurs et donc de rendre leurs titres inaccessibles, même hors-ligne. Cette dépendance aux éditeurs implique donc une perte de liberté immense pour le consommateur, qui n’aura plus le choix. Tous nos jeux deviendront simplement des locations longue durée, sans que nous ne possédions rien. Rien ne nous appartiendra, et nous ne pourrons rien revendre et rien prêter à nos amis. Enfin, la fin des disques physiques, qui rend quasiment inutile l’achat de boîte, signe aussi la fin d’une certaine idée de la collection. Fini sera le temps des ludothèques, des beaux objets et des belles salles de jeu. À partir de 2028 sur PlayStation, le jeu vidéo se résumera à une console et une manette. Rien d’autre. Un coup terrible porté aux efforts de préservation du patrimoine du jeu vidéo Ne rien posséder implique aussi un coup terrible porté aux efforts de préservation du patrimoine du jeu vidéo. À partir du moment où un jeu peut devenir inaccessible du jour au lendemain, comment le préserver pour les générations futures ? Bien sûr, le physique n’est pas la réponse à tout. Les anciens jeux peuvent être numérisés, l’absence de DRM est utile… Mais la dépendance aux serveurs dans un jeu vidéo totalement dématérialisé rendra quasiment impossible jusqu’à cette préservation numérique. Sans compter l’annonce de PlayStation de fermeture des Stores de la PS3 et de la PS Vita, ce qui signe aussi la disparition de centaines de titres uniquement disponibles sur ces plateformes, et qui seront donc perdus pour toujours après leur fermeture en juillet 2027. Enfin, l’absence quasi certaine de lecteur de disque sur PS6 posera aussi la question de la rétrocompatibilité, qui est un outil de préservation du patrimoine du jeu vidéo. Pourrons-nous lire nos jeux de la PS1 à la PS5 sur nouvelle génération ? Ou seront-ils circonscrits à la possession de consoles rétro ? Le tableau ainsi dépeint est inquiétant… Un coup aussi porté aux joueurs et joueuses de pays moins développés On y pense rarement, mais des millions, voire des milliards de joueurs à travers le monde ne disposent pas de la connectivité nécessaire pour jouer en ligne et télécharger des jeux dématérialisés. Que ce soit en France où une grande partie de la population n’a pas accès à la fibre, ou dans des pays moins développés d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, la fibre optique ne va pas de soi. Et c’est précisément pour cela que les disques physiques sont utiles, car ils permettent de contourner le problème en jouant hors-ligne. Enfin, ça c’était avant… Avant que PlayStation ne sacrifie ces joueurs (en leur faisant perdre énormément de temps à télécharger leurs jeux) sur l’autel du profit… Il est difficile de conclure un tel article. Dans un avenir aussi sombre que celui auquel semble promis le jeu vidéo, peu sont les sources d’optimisme et d’espoir. Disons au moins que jusqu’à 2028, nous aurons le temps de voir venir, et pourquoi pas de voir Sony changer de braquet. L’espoir fait vivre, n’est-ce pas ? Un espoir de fou… Un temps définitivement révolu ! L’article PlayStation et la honte éternelle est apparu en premier sur PSI.
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