Assassin’s Creed Black Flag Resynced : le retour réussi d’un épisode culte
playstationinside.fr
Sentir le vent des Caraïbes claquer dans les voiles. Entendre les canons gronder au loin. Hisser le pavillon noir, aborder des navires ennemis, partir à la chasse aux trésors oubliés… et bâtir sa propre légende sur les mers. Bienvenue dans ce test d’Assassin’s Creed Black Flag Resynced, le retour d’un des épisodes les plus cultes de toute la saga. Plus de dix ans après l’original, Ubisoft nous replonge dans l’âge d’or de la piraterie aux côtés d’Edward Kenway. Alors, est-ce qu’on retrouve les sensations de 2013, ou est-ce qu’Ubisoft s’est simplement contenté de rafraîchir le titre ? Immersion, histoire, gameplay, respect du matériau d’origine… On va décortiquer tout ça ensemble. Quelles sont ses forces, ses faiblesses, ses nouveautés ? Quel est son respect de l’œuvre originale ? Edward Kenway mérite-t-il vraiment de reprendre la mer une nouvelle fois ? Allez, on hisse les voiles. C’est parti. NB : Cette critique est écrite par Valentin, dirigeant de la chaîne Assassin’s Creed Experience, l’un des plus grands spécialistes de la saga en France. Retrouvez ses contenus ici. Le premier remake de la saga Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons ce qu’est vraiment Assassin’s Creed Black Flag Resynced. On parle ici d’un remake complet du jeu sorti en 2013. Ubisoft a retravaillé l’expérience avec beaucoup d’ajustements et d’ajouts. Assassin’s Creed IV: Black Flag, le jeu original, a dépassé les 34 millions de joueurs uniques dans le monde en 2025, tandis qu’Ubisoft avait déjà annoncé plus de 11 millions d’unités écoulées dès 2014. Le jeu a été développé pendant un peu plus de trois ans, avec Ubisoft Singapour en lead. Un choix logique, puisque le studio était déjà largement impliqué dans l’épisode original, notamment sur tout ce qui touchait au système naval. Dans l’équipe de Resynced, on retrouve donc d’anciens développeurs du jeu original, dont Paul Fu et Julien Koch, aujourd’hui respectivement Creative Director et Level Design Director sur ce remake. Paul Fu est le Directeur Créatif d’Assassin’s Creed Black Flag Resynced, il travaille sur la licence depuis AC Brotherhood (2010) et a travaillé sur le jeu original sorti en 2013. Au total, 15 studios ont participé au développement, dont Ubisoft Montréal, Ubisoft Québec, mais aussi Ubisoft Bordeaux. Et ce remake arrive dans un contexte particulier : Ubisoft est en pleine restructuration, avec la branche Vantage Studios, dédiée notamment à Assassin’s Creed, accompagnée par un apport financier et un soutien de Tencent. C’est aussi le premier remake de la franchise. Une occasion de redorer le blason Assassin’s Creed après la petite déception, à mes yeux, du dernier épisode en date : Assassin’s Creed Shadows. Précision importante : Assassin’s Creed Black Flag Resynced n’est pas un RPG. On revient ici sur une formule action-aventure orientée sur la narration qui a historiquement fait le succès de la marque. Histoire et personnages : l’expérience classique Assassin’s Creed Assassin’s Creed Black Flag Resynced nous plonge en 1715, durant l’âge d’or de la piraterie. Les Caraïbes sont alors devenues une immense zone de conflit où se croisent marines impériales, esclavagistes, pirates, mais aussi (et surtout!) Assassins et Templiers. Pendant près d’une décennie, les pirates règnent sur ces mers. Des figures de légende, vivant avec leurs propres règles, dans une société réservée à ceux qui croient en la liberté absolue. Un monde brutal, violent, mais aussi profondément fascinant. Au milieu de ce chaos se trouve Edward Kenway. Ce bon vieux Edward Kenway, héros du jeu. Contrairement à Ezio ou Altaïr, Edward n’est pas un Assassin guidé par une idéologie ou un sens du devoir. En tout cas, pas au début de son aventure. C’est un homme ambitieux, un survivant, quelqu’un qui cherche avant tout à échapper à sa condition et à offrir une vie meilleure à sa femme Caroline. C’est précisément ce qui rend Edward si intéressant. Il n’est pas simplement héroïque : il est parfois arrogant, opportuniste, égoïste même. Et pourtant, au fil de l’aventure, Edward évolue, se confronte à ses erreurs, perd des proches et remet ses choix en question. Black Flag reste encore aujourd’hui l’un des Assassin’s Creed les plus humains dans sa manière d’écrire son protagoniste, et cette force narrative a été préservée, et même magnifiée dans Resynced. L’histoire principale reste identique, mais plusieurs nouveaux éléments narratifs ont été ajoutés. On retrouve notamment de nouvelles scènes autour de Caroline, la femme d’Edward, ainsi qu’un nouvel arc narratif autour de Barbe-Noire et du chasseur de pirates Stede Bonnet, fidèle ami du pirate. Dernier ajout narratif plutôt sympathique : à Great Inagua, le repère d’Edward, vous pourrez rencontrer le majordome du domaine qui donnera plus de lore, de vie et d’humanité à ce lieu, qui trouve dans ce remake un réel intérêt en comparaison au jeu original. Tous ces ajouts, mis bout-à-bout, contribuent grandement à enrichir l’expérience narrative du titre. Resynced est clairement un jeu porté par son histoire. L’introduction est prenante, immersive, soignée, et l’aventure démarre très vite. Plus on avance, plus il devient difficile de lâcher la manette. Le scénario original est repris, mais Darby McDevitt, scénariste original de Black Flag, a participé à l’écriture des nouveaux éléments. Les ajouts autour du passé d’Edward et de sa relation avec Caroline apportent beaucoup de contexte à ses motivations. Cet enrichissement fonctionne très bien. Edward est charismatique, mais ce qui fonctionne surtout, c’est son évolution. Au départ, il porte la tenue des Assassins et la lame secrète sans en comprendre le sens. Puis, au fil de l’aventure, il se retrouve embarqué dans le conflit millénaire entre Assassins et Templiers. Les personnages secondaires restent attachants, marquants et iconiques : Adéwalé, Barbe-Noire, Anne Bonny, le Capitaine Kidd, Charles Vane, l’Assassin Ah Tabai… La VO est d’excellente qualité, notamment grâce au retour de Matt Ryan dans le rôle d’Edward. La VF est elle aussi de retour avec les mêmes acteurs que dans le jeu de 2013. Entre les nouvelles scènes, les cinématiques retravaillées en motion capture et cette narration plus intimiste, cela fait énormément de bien de retrouver un Assassin’s Creed recentré sur l’histoire et la narration, d’autant plus enrichie dans cette version remake. On ne peut cependant pas en dire autant du modern-day, ou plutôt ici future-day puisque l’intrigue dans le présent du jeu d’origine a été totalement remaniée pour laisser place à un lore dans le futur via l’Animus Ego, et à des « what if? » sur le passé d’Edward et sur les conséquences de ces choix. Sur ce plan là, la licence semble encore se chercher… Visuellement, une vraie claque S’il faudrait résumer la sensation lorsqu’on joue à Black Flag Resynced, on pourrait simplement dire : une grande bouffée d’oxygène. Le jeu est tout simplement à couper le souffle. La direction artistique est magnifique, soignée, inspirée, comme souvent avec Assassin’s Creed. L’ambiance est superbe, l’immersion est à son maximum, et de ce point de vue, je pense qu’on tient probablement le meilleur jeu de pirates jamais fait. Oui, rien que ça. Pavillon noir planté, débat ouvert. Techniquement, c’est très solide. Il n’y a aucun temps de chargement majeur, le monde est librement accessible et ça donne un vrai sentiment de liberté absolue. On peut partir faire un contrat d’Assassin à La Havane, reprendre le Jackdaw pour aller pêcher au harpon, croiser un convoi, l’aborder au coeur d’une tempête, chercher une île pour réparer son navire, puis tomber sur une grotte cachée ou une plantation à piller… Il se passe toujours quelque chose, et chaque session de jeu raconte sa petite histoire. La technique et la physique de l’eau sont exceptionnelles. C’est sans doute la meilleure eau jamais vue dans un jeu vidéo. Les éclairages sont sublimes, les effets météo sont très réussis et immersifs, le vent anime tout le décor, la pluie ruisselle sur les toits, les orages changent radicalement l’ambiance, et on ressent vraiment l’atmosphère tropicale à certains endroits. Le seul vrai bémol visuel concerne certaines cinématiques. La réalisation est parfois inégale : certaines scènes sont très réussies, d’autres font un peu tâche dans leur mise en scène. Rien de dramatique, mais il faut le souligner. Grâce à ses graphismes, à une technique particulièrement solide et à la dernière version du moteur Anvil d’Ubisoft, on se sent pleinement immergé dans le monde de Black Flag Resynced et dans son âge d’or des pirates. Le monde du jeu : l’âge d’or des Pirates L’autre grande force de Resynced, c’est son monde ouvert. La carte possède une taille idéale. Le world building est cohérent, travaillé, et il y a un côté familier très agréable : les zones principales, les villes et les endroits intéressants se repèrent assez naturellement. Le jeu repose sur trois villes majeures : La Havane, Kingston et Nassau. Là aussi, les proportions fonctionnent très bien. Elles ne sont ni trop grandes, ni trop petites, et chacune possède une vraie identité. Le monde est, dans cette version remake, très bien équilibré. Les lieux existants ont été retravaillés, de nouveaux lieux à explorer font leur apparition avec parfois quelques secrets à trouver, qui offriront de véritables moments de respiration et de contemplation. Le jeu fourmille aussi de petits détails : discussions entre PNJ dans les villes ou sur les îles habitées, contexte sur un personnage secondaire, informations sur un événement, rumeur autour d’un trésor… Tout est bien intégré et sert l’immersion du joueur. Edward commente régulièrement les situations rencontrées, ce qui renforce énormément l’immersion au sein de ce monde. On sent qu’il fait partie d’un univers qui existe, où il s’est passé des choses palpables : en ce sens, les équipes d’Ubisoft ont fait un vrai travail de narration par le biais du level design. De plus, il y a assez d’activités secondaires pour s’amuser, mais jamais au point de frôler l’overdose. Et franchement, ça fait du bien. L’ambiance sonore participe énormément à cette réussite. Dans la jungle, on entend les nuées d’oiseaux, les perroquets, la pluie et le vent sur les feuilles. À Kingston ou La Havane, l’atmosphère change selon la météo, avec un résultat souvent impressionnant. En mer, le sound design fait un travail remarquable : le bois du navire craque, l’eau s’engouffre sur le pont, le bruit des vagues, des voiles, de l’équipage… sur ce plan, le résultat impressionne et l’immersion est totale. Côté musiques, les compositions originales de Bryan Tyler sont de retour, accompagnées de nouvelles compositions signées Stephen Lukach et Christopher Carmichael. Les chants de pirate reviennent également, avec 45 chants au total, dont 10 nouveaux. L’ambiance lors de l’exploration des Caraïbes était déjà unique en 2013 ; ici, avec un monde aussi beau et immersif, elle l’est encore davantage. Un gameplay efficace… mais encore perfectible Côté gameplay, Resynced modernise beaucoup de choses, mais certains choix vont probablement diviser. Le mission design reste parfois un poil rigide. La structure de certaines quêtes paraît un peu vieillotte et laisse peu de liberté d’approche, alors que des niveaux plus ouverts auraient parfois été bienvenus. C’est clairement un héritage du jeu original, mais c’est aussi l’un des endroits où le remake aurait pu oser davantage. Les combats, eux, sont plus tactiques, plus efficaces et plus spectaculaires que dans le jeu original. On retrouve une sorte de mélange entre Mirage et Shadows, mais sans le côté RPG : les affrontements sont plus directs, plus chorégraphiés, et globalement très plaisants. Edward se bat surtout aux doubles épées, avec du combat à mains nues dans certains cas spécifiques. Il peut utiliser les pistolets, la dague à corde (une sorte de grappin), mettre un ennemi au sol via un takedown, le repousser d’un coup de pied selon son type, l’envoyer dans un décor destructible ou même dans le vide. Cela donne de la variété, du dynamisme et renforce l’aspect tactique des affrontements. Cependant, les combats sont dans l’état très brouillons pendant les abordages et manquent encore de variété. Il y a trop peu de finish moves, et surtout, les combats à la lame secrète sont aux abonnés absents, même s’ils existent de manière détournée via certains finishers. Des mouvements chorégraphiés dédiés, ou encore la possibilité de désarmer les ennemis et de répliquer avec leurs armes auraient eu toute leur place dans ce remake. L’infiltration a aussi été remise au goût du jour. Les lames secrètes tuent instantanément, la furtivité sociale est présente, la capuche peut être activée ou désactivée, et il est désormais possible de se cacher dans les ombres. C’est un ajout intéressant, qui enrichit les possibilités d’approche et de gameplay. L’IA, quant à elle, est à géométrie variable comme (trop) souvent avec Assassin’s Creed. Elle peut parfois réagir correctement voir être totalement à côté de la plaque. Certaines animations d’assassinat sont aussi trop violentes pour être vraiment discrètes. Quand Edward est censé être une lame cachée mais exécute un garde avec une violence très visible, le flow furtif en prend un coup. L’exploration reste en revanche le cœur du jeu, en navire comme à pied. La fonction Observer permet d’analyser ce qui entoure le joueur, de repérer les opportunités et de limiter le recours à la carte ou aux menus. Moins de pause, plus d’aventure : c’est exactement ce qu’il fallait. Là encore, cela renforce l’immersion et le lien que l’on noue avec l’univers. Le parkour est l’une des très bonnes surprises. Il est fluide, précis, rapide, agréable, avec un bon momentum. Des mouvements iconiques font leur retour, comme les side eject, les back eject et le free jump, pour un parkour plus libre et plus technique. Le parkour dans les arbres est aussi de retour, et le level design est adapté avec des « Parkour Highways« , qui permettent d’aller facilement d’un point A à un point B sans toucher le sol. C’est très agréable de ce côté-là mais j’aurais apprécié avoir la possibilité d’un mode de contrôle Legacy avec les gâchettes de la manette plutôt qu’avec l’appui sur le joystick, cela aurait permis un parkour nettement plus contrôlable dans son flow général. Leave her Johnny, leave her… Et puis il y a le Jackdaw, le modeste navire d’Edward. Dans Black Flag Resynced, il est le second personnage principal du jeu puisque vous passerez le plus clair de votre temps à sa barre. Il est lié à un vrai système de progression : les ressources récupérées via les abordages ou encore les captures de forts permettront de l’améliorer et d’être mieux équipé. La montée en puissance est satisfaisante en plus d’être plutôt bien équilibrée. Le Jackdaw possède par ailleurs trois vitesses de déplacement distinctes, et les combats navals gagnent en profondeur grâce aux différentes armes disponibles et à leur portées différentes. Les affrontements sont donc plus tactiques, et vraiment spectaculaires. L’IA navale réagit très bien : elle joue avec les distances, les portées de canons, et peut se montrer très agressive selon le niveau de difficulté choisi. En mode difficile, il faut clairement être bien équipé pour venir à bout de navires plus imposants. Quant aux navires légendaires cachés sur la carte, ils offrent un défi corsé aux joueurs les plus aguerris. Pour ce premier essai d’Ubisoft dans l’exercice du remake d’un Assassin’s Creed, le résultat est solide. Le jeu s’adresse autant aux nouveaux joueurs qu’aux anciens qui connaissent déjà bien Black Flag. Pour ces derniers, le retour dans l’aventure d’Edward a de quoi faire mouche. L’expérience est aussi équilibrée en termes de durée de vie : il faut compter environ 25 à 30 heures pour boucler l’histoire principale, et environ 50 à plus de 70 heures pour terminer tout le jeu en prenant son temps. Le jeu propose aussi de nombreux clins d’œil et easter eggs pour les fans. Tout est là comme en 2013, mais en mieux sur presque tout. Cette appréciation pourra évidemment varier selon l’attachement de chacun au jeu original. Resynced n’est pas parfait mais il comprend l’essentiel. On retrouve la formule classique qui a déjà fait ses preuves : Assassins, Templiers, lame secrète, infiltration, discrétion sociale, parkour, conflits idéologiques, et un personnage qui évolue au contact de tout cela. Et puis, évidemment, la piraterie. Ce mélange reste unique dans la licence : le pari est réussi. L’article Assassin’s Creed Black Flag Resynced : le retour réussi d’un épisode culte est apparu en premier sur PSI.
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