La résurgence des kaijus dans les jeux vidéo
playstationinside.fr
Monstres géants, insectes titanesques et robots colossaux : voilà des figures qui reviennent chaque année avec davantage de force dans le jeu vidéo. Alors que Godzilla s’apprête à dévaster San Francisco dans Sonic Racing: CrossWorlds et qu’Ultraman Zero arrive dans GigaBash pour affronter Belial, le jeu vidéo puise de plus en plus dans cette niche très particulière de la culture populaire japonaise. Bienvenue dans la résurgence des kaijus. NB : Cet article est publié en même temps que le premier jour de la Japan Expo 2026. Nous y sommes accrédités, alors suivez nos aventures sur notre Twitter ! Godzilla dans Sonic Rumble Party Avant d’aborder cette tendance, il convient de rappeler ce que sont les kaijus. Si leur présence dans le cinéma occidental s’est manifestée à travers des œuvres comme Pacific Rim de Guillermo del Toro ou la nouvelle série de films américains consacrée à Godzilla, initiée par Gareth Edwards, le terme kaiju trouve son origine au Japon. L’ambassadeur le plus célèbre du kaiju eiga (littéralement film de monstres) est évidemment Godzilla. Cette saga tentaculaire, née en 1954, a profondément marqué la culture populaire et a contribué à créer d’autres figures emblématiques comme Gamera ou, dans une certaine mesure, Ultraman. Godzilla (1954) a même été distribué en France Bien que les films de monstres ne soient pas apparus avec Godzilla (on peut citer King Kong en 1933 ou Le Monstre des temps perdus en 1953) c’est bien la révolution provoquée par le Roi des Monstres qui a façonné ce genre cinématographique à l’identité si singulière, au Japon comme à l’international. Le kaiju eiga est lui-même un sous-genre du tokusatsu, terme désignant les productions audiovisuelles reposant largement sur les effets spéciaux. Cette grande famille comprend également d’autres genres très populaires, comme les Henshin Hero, Kamen Rider ou les Super Sentai, littéralement “escadron de combat”, adaptés chez nous sous le nom des Power Rangers. Cet article rapprochera donc parfois certaines œuvres du sentai, du metal hero, kaiju eiga, et autres animés de robots géants tant les passerelles entre ces univers sont nombreuses et les frontières souvent ténues. Le guide du tokusatsu chez Ynnis Éditions Des jeux longtemps boudés en Occident Les kaijus n’ont pas tardé à investir le jeu vidéo. Dès le milieu des années 1980, plusieurs productions voient le jour sur les micro-ordinateurs japonais comme le MSX ou le FM-7, avant de gagner progressivement les consoles. Pourtant, une grande partie de ces titres reste exclusive au Japon, malgré la popularité croissante des films et séries de tokusatsu aux États-Unis grâce aux vidéoclubs et aux premières chaînes câblées. Quelques exceptions existent néanmoins, notamment lorsque les jeux comportent peu de texte et nécessitent peu de connaissances préalables de leur univers, à l’image d’Ultraman sur Super Nintendo en 1991. Godzilla étant la figure la plus connue du genre, il serait logique qu’il soit également la plus représentée dans le jeu vidéo. Pourtant, il faut attendre le film de Roland Emmerich en 1998 pour voir la licence retrouver de la visibilité en Occident. Avec l’implication croissante des États-Unis dans l’exploitation de la marque, plusieurs adaptations rendent hommage à son héritage, comme Godzilla: Destroy All Monsters Melee, Godzilla: Save the Earth ou encore Godzilla: Unleashed. Godzilla: Destroy All Monsters Melee sur GameCube Après cette dernière sortie en 2007, l’engouement retombe progressivement. Les kaijus disparaissent peu à peu du paysage vidéoludique occidental et il faudra attendre Godzilla sur PlayStation 3 et PlayStation 4, sorti en 2015, pour revoir officiellement le Roi des Monstres sur consoles. Une sortie qui coïncide presque avec celle du film américain de 2014. La parenthèse est toutefois de courte durée. En dehors de quelques jeux mobiles, Godzilla et ses semblables se font à nouveau rares sur les plateformes occidentales. Du moins dans les versions localisées, car au Japon, les adaptations vidéoludiques de ces univers n’ont jamais réellement cessé. Affiche de Godzilla (2014) Jaquette de Godzilla sur PS4 Un héritage préservé au Japon Alors que l’Occident se désintéresse progressivement des monstres géants, le Japon continue, lui, d’alimenter son industrie. Au fil des décennies, celle-ci s’est considérablement structurée. Chaque nouvelle série ou film s’accompagne désormais d’un important dispositif marketing pensé dès le départ pour alimenter les ventes de produits dérivés destinés aux enfants comme aux adultes. Costumes, accessoires, figurines articulées, soft vinyles ou objets de collection : les déclinaisons sont nombreuses. Dans ce contexte, le jeu vidéo s’impose naturellement comme l’un des maillons de cette stratégie transmédia. Figurine sofvi d’Ultraman Omega, coincident avec la sortie de la série La présence de Bandai au cœur de nombreuses productions facilite également l’apparition de collaborations parfois inattendues. L’un des exemples les plus singuliers reste Kamen Rider Hibiki: Taiko no Tatsujin Special Version sur PlayStation 2. Distribué en édition limitée, ce dérivé du célèbre jeu de rythme s’appuie sur un concept particulièrement cohérent puisque le héros de la série utilise des baguettes de taiko comme arme principale. Le contenu reste modeste, un Taiko no Tatsujin avec seulement quelques morceaux tirés de la bande originale de la série télévisée. Kamen Rider Hibiki sur PS2 Disque bonus offert Cette logique de collaboration a toujours existé et s’est rapidement étendue à des projets plus ambitieux. Dès les années 1990 apparaissent ainsi des séries comme SD Battle, Compati Hero ou encore Super Robot Taisen. Toutes réunissent des personnages issus de multiples licences telles que Kamen Rider, Ultraman ou Gundam dans des genres variés allant du jeu de plateforme au RPG tactique en passant par le jeu de combat. Toutefois, ces productions restent longtemps confinées au marché japonais. Il faut attendre 2016 pour voir un épisode de Super Robot Taisen bénéficier d’une traduction anglaise officielle destinée à l’Asie, puis 2025 pour assister à une sortie occidentale complète avec Super Robot Wars Y, premier épisode à intégrer, d’ailleurs, une collaboration avec Godzilla. Super Hero Generation sur PSVita Au même moment, d’autres studios choisissent de réinterpréter des concepts existants en les adaptant aux licences de tokusatsu. C’est notamment le cas d’Ultra Kaiju Monster Rancher, qui reprend les mécaniques de la série Monster Rancher en remplaçant ses créatures par les monstres emblématiques d’Ultraman. Autre exemple marquant : City Shrouded in Shadow. Inspiré de la série Disaster Report, habituellement centrée sur les catastrophes naturelles, le jeu transforme les séismes et inondations en survie sur fond d’affrontements titanesques impliquant Godzilla, Ultraman, Evangelion, Patlabor ou encore Gamera. Ultraman Belial dans City Shrouded in Shadow EVA-01 dans City Shrouded in Shadow Malgré l’intérêt de ces productions, leur arrivée en Occident demeure irrégulière. Les décisions de localisation dépendent encore largement des stratégies commerciales des ayants droit japonais, souvent réticents à exporter certaines licences ou à investir dans des marchés qu’ils jugent incertains. Pourtant, cette situation n’empêche pas à de nombreux développeurs de rendre hommage à cet imaginaire par d’autres moyens. Une croissance portée par les hommages Pendant longtemps, les créateurs ne pouvaient pas utiliser directement les monstres de la Toho, de la Daiei ou de Tsuburaya Productions. Cela ne les a toutefois jamais empêchés de s’inspirer des codes du genre. Faute de pouvoir mettre en scène Godzilla, ils imaginaient leurs propres reptiles verts géants, parfois très proches de leurs modèles. Cette fascination se retrouve dans de nombreux titres. On peut notamment citer War of the Monsters sur PlayStation 2, développé par Sony, qui puise autant dans les productions japonaises que dans les grands classiques américains comme King Kong ou Tarantula. War of the Monsters sur PS2 Depuis quelques années, cette tendance s’est considérablement renforcée. Les hommages se multiplient aussi bien dans la scène indépendante que chez les éditeurs de taille intermédiaire. Parmi les exemples les plus marquants figurent Dawn of the Monsters de WayForward, Kaiju Wars de Foolish Mortal Games ou encore Override: Mech City Brawl et sa suite par The Balance Inc. Même les grands éditeurs s’y intéressent : SEGA a ainsi contribué en éditant 13 Sentinels: Aegis Rim, développé par Vanillaware, qui mêle visual novel, science-fiction et combats de méchas contre des créatures gigantesques. 13 Sentinels Aegis Rim sur PS4 Il y a cependant une franchise qui a fait exception au calfeutrage des sorties uniquement au Japon tout en restant dans l’hommage parfait. Il s’agit de la saga de jeux Earth Defense Force. Avec un début assez modeste en 2003 sur PS2 dans les Simple Series, la série de chasseurs de bestioles géantes a pris du galon jusqu’à atteindre un nouveau souffle ces dernières années. En effet, Earth Defense Force 5 (2018) a réussi à dépasser la barre du million de ventes et sa suite (2022) atteint, quant à elle, les 600 000 ventes. De beaux scores pour une série qui a pour thème un sujet aussi niche, le tout en restant dans l’hommage pur, la série n’ayant jamais eu de collaboration avec des franchises bien connues. Mais difficile d’évoquer cette renaissance sans parler de GigaBash. Véritable déclaration d’amour au cinéma de monstres géants et au tokusatsu, le titre du studio malaisien Passion Republic Games (avec un tel nom, ça ne s’invente pas) est progressivement devenu une référence du genre. Son succès lui a notamment permis d’obtenir plusieurs collaborations officielles avec Godzilla, Ultraman puis Gamera. DLC Godzilla pour Gigabash Ces partenariats illustrent parfaitement la manière dont les kaijus réinvestissent progressivement le paysage vidéoludique mondial. Godzilla est ainsi apparu dans Fall Guys, Minecraft, Dave the Diver ou plus récemment Sonic Rumble Party. La popularité du MonsterVerse a d’ailleurs largement contribué à cette résurgence. Le succès de ces longs-métrages, qui mettent désormais régulièrement en scène l’alliance entre Godzilla et King Kong, a également redonné de la visibilité au gorille géant. Celui-ci a ainsi retrouvé le chemin du jeu vidéo avec plusieurs adaptations récentes, certes accueillies avec davantage de curiosité que d’enthousiasme, comme Kong: Survivor Instinct ou Skull Island: Rise of Kong. Au-delà de ces collaborations ponctuelles, ce regain d’intérêt a fini par convaincre les principaux détenteurs de licences de s’investir davantage dans le secteur vidéoludique, en particulier sur les marchés occidentaux. Godzilla dans Dave the Diver Une nouvelle ère Cette évolution se reflète directement dans les ambitions affichées par les grands acteurs du secteur.  Depuis plusieurs années, l’entreprise Tsuburaya Productions multiplie les initiatives visant à accroître la visibilité à l’étranger de la licence Ultraman. Si l’accent est d’abord mis sur la diffusion des séries et des films, cette stratégie prépare également le terrain pour l’exportation des produits dérivés et des adaptations vidéoludiques. Depuis 2023, chaque nouvel épisode de la série Ultraman est ainsi diffusé gratuitement sur YouTube avec des sous-titres internationaux dès le lendemain de sa sortie japonaise. De son côté, Netflix a proposé en exclusivité le film d’animation Ultraman: Rising, dont l’univers a ensuite été intégré à GigaBash sous la forme d’un contenu additionnel. À l’occasion du Summer Game Fest, Passion Republic Games a d’ailleurs annoncé un nouveau DLC pour GigaBash, mettant à l’honneur deux personnages particulièrement appréciés des fans : Ultraman Zero et son rival Belial. Ultraman « Rising » dans Gigabash Ultraman Zero dans Gigabash Une démarche plus concrète est observable chez la Toho qui, dans son plan stratégique 2025-2028, affirme sa volonté de développer plus activement ses propriétés intellectuelles sur de nouveaux médias. Parmi elles, Godzilla occupe une place centrale et apparaît comme l’une des priorités de l’entreprise dans le domaine du jeu vidéo. L’objectif est clair : renforcer durablement la présence du Roi des Monstres sur consoles et mobiles afin de toucher un public international croissant. Les premiers résultats de cette nouvelle stratégie commencent également à se concrétiser. Deux projets ont récemment été dévoilés, l’un destiné aux consoles et l’autre au marché mobile. Le premier concerne Godzilla: Destroy All Monsters Melee, qui bénéficiera d’une version remasterisée prévue pour novembre 2026. Souvent considéré comme l’un des meilleurs jeux consacrés à Godzilla, le titre fait l’objet depuis des années de demandes répétées de la part des fans souhaitant le voir revenir sur les plateformes modernes. Le second projet, Godzilla Defense Force: X, est développé par MINTROCKET, le studio à l’origine de Dave the Diver. Un choix qui n’a rien d’anodin tant la collaboration entre Godzilla et le jeu indépendant a rencontré un fort succès. Cette nouvelle production est attendue pour le début de l’année 2027. Les partenariats récents semblent d’ailleurs appelés à se poursuivre. Après son apparition dans Sonic Rumble, Godzilla retrouvera l’univers du hérisson bleu dans Sonic Racing: CrossWorlds, où il interviendra notamment dans le circuit inspiré de San Francisco. Les amateurs de robots géants ne sont pas en reste puisque l’une des prochaines collaborations annoncées pour le jeu impliquera également l’univers d’Evangelion, animé hautement influencé par le tokusatsu.  Godzilla Defense Force X par les créateurs de Dave the Diver Season Pass 2 de Sonic Racing: CrossWorlds Cette dynamique ne concerne pas uniquement les monstres géants. Les méchas profitent eux aussi de ce regain d’intérêt. L’été 2026 marque notamment le retour de Geppy-X, un titre culte de la première PlayStation rendant déjà hommage aux séries animées de robots des années 1970. Longtemps resté inaccessible à une grande partie du public en raison de la barrière de la langue, le jeu revient aujourd’hui sous le nom de 70’s Robot Anime Geppy-X. Cette nouvelle édition proposera notamment une traduction française, des séquences animées restaurées et plusieurs améliorations techniques. Geppy-X (2026) Sur le papier, le jeu vidéo semble être un terrain idéal pour accueillir monstres gigantesques et robots titanesques. Pourtant, pendant longtemps, les univers du tokusatsu n’y ont vu qu’un simple support promotionnel destiné à accompagner films ou séries. La situation évolue toutefois progressivement. L’intérêt croissant du public occidental, le travail de passionnés et la volonté de certains éditeurs de valoriser ces univers au-delà du simple produit dérivé permettent aujourd’hui l’émergence de projets plus ambitieux. L’exemple de Super Robot Taisen (Super Robot Wars chez nous) est particulièrement révélateur : il aura fallu plus de vingt ans pour qu’un épisode de la série bénéficie enfin d’une sortie officielle en Occident. Cette attente illustre bien la prudence dont ont fait preuve les ayants droit japonais vis-à-vis des marchés étrangers. Aujourd’hui, les signaux semblent toutefois au vert. Les investissements augmentent, les collaborations se multiplient et des personnages longtemps absents du paysage vidéoludique retrouvent enfin leur place sous les projecteurs. Après plusieurs décennies d’hésitations, les kaijus et les héros du tokusatsu semblent enfin prêts à conquérir durablement le jeu vidéo mondial. Les jeux de kaijus ne seraient-ils pas les prochains Persona ou Yakuza, d’abord boudés par les occidentaux pour finalement devenir des blockbusters mondiaux ? Écran d’attente Godzilla dans Fortnite Si le sujet du tokusatsu vous intéresse, n’hésitez pas à suivre le compte Twitter Tokuculture, référence francophone en la matière ! Et si vous souhaitez encourager sa diffusion en France, jetez un œil à la maison d’édition ROBOTO Films qui propose dans son catalogue des productions Gamera, Kamen Rider, et bien d’autres. L’article La résurgence des kaijus dans les jeux vidéo est apparu en premier sur PSI.
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