Critique – Until Then: Afterimages, un DLC qui continue de trouver les mots
playstationinside.fr
Si vous avez lu ma dernière analyse d’Until Then du studio Polychroma Games, vous savez certainement ce que ce jeu représente pour moi. Parmi tous les jeux auxquels j’ai pu jouer, tous ceux qui m’ont touchée et tous ceux qui m’ont émerveillée, seul Until Then a su trouver les mots.
Dans la continuité de cette aventure, son DLC, Afterimages, est sorti le 18 juin dernier. Il continue lui aussi de trouver les mots justes. Il aborde avec toujours autant de finesse les thématiques qui faisaient la force du jeu de base. Entre le deuil, l’amitié, la compréhension de l’autre ou encore les conséquences de traumatismes sur nos relations, Afterimages frappe fort.
Deux chapitres composent Afterimages, à savoir Homecoming et Sparks, représentant tous deux environ cinq heures de jeu. Nous retrouvons Sophia et Mark, chacun évoluant dans un quotidien et une chronologie qui leur sont propres. Sophia, fraîchement rentrée aux Philippines pour des raisons familiales, se confronte à son passé dans un contexte philippin post-Covid. Mark fait son entrée à l’université, rencontre un nouvel amour dans une association et recroise le chemin d’une vieille amie.
Si Afterimages peut sembler plus discret dans son récit, ne vous y trompez pas : son immersion et son humanité sont toujours aussi bouleversantes.
Trailer du DLC d’Until Then, Afterimages
Un retour dans un univers finement construit
Dès la première heure du DLC, le pixel art nous frappe de la même manière que dans le jeu d’origine. Les jeux de lumière sont particulièrement soignés et mettent en valeur ce qui fait le cœur de l’expérience : les environnements. Associés à un sound design toujours aussi réussi, ils rendent le jeu particulièrement vivant.
Le contexte post-Covid est très bien retranscrit dans la première partie du DLC, Homecoming. Sophia apparaît d’abord avec un masque dans le taxi. Dans les rues et les boutiques, les habitants en portent également, témoignant de l’omniprésence des mesures sanitaires. Au sol, des gommettes invitent les clients à respecter une distance d’un mètre. Des affiches faisant la promotion des campagnes de vaccination sont également visibles dans de nombreux lieux publics. Enfin, les petits commerces locaux, particulièrement touchés par la pandémie aux Philippines, subissent des fermetures forcées. Ces différents éléments rappellent les conséquences durables de la crise sanitaire sur le quotidien de la population. Le DLC nous plonge dans un univers vivant qui raconte encore une fois son histoire à travers son environnement.
Sophia dans le taxi, de retour aux Philippines dans Afterimages
À plusieurs reprises, nous revivons également des séquences du jeu d’origine lorsque les souvenirs de Sophia nous ramènent au lycée de Liamson. Nous retrouvons ainsi des personnages qui nous avaient particulièrement touché. Homecoming apporte aussi une dimension culturelle bienvenue en ajoutant des définitions de certains termes philippins. Ceci permet aux joueurs non philippins de mieux comprendre les dialogues. J’y ai découvert le mot « balikbayan », qui désigne un Philippin vivant à l’étranger et revenant aux Philippines pour une courte période.
Sur le plan narratif, Homecoming reste fidèle aux thèmes du jeu de base tout en leur apportant un nouvel éclairage. Elle aborde le deuil, la manière d’aller de l’avant en s’appuyant sur ses souvenirs et sa créativité, tout en développant davantage les questions liées à l’identité et aux relations LGBT.
La deuxième partie, Sparks, qui suit Mark, nous plonge dans un environnement plus proche de celui du jeu de base. L’intrigue se déroule principalement à l’université. Elle se déploie dans les couloirs de la faculté et dans les locaux de son association. On la suit également dans sa chambre en colocation. Enfin, différents espaces servent de cadre à l’organisation de l’événement qu’il met sur pied.
À travers le parcours de Mark, le DLC explore d’autres thématiques fortes. Il explore la difficulté à surmonter ses traumatismes, à communiquer avec autrui, le doute ou la tendance à trop réfléchir. Ces sujets prolongent avec justesse les questionnements déjà présents dans le jeu de base et donnent davantage d’épaisseur au personnage.
Mark, assis, préparant l’évènement Sparks 2018 dans Afterimages
Un gameplay toujours au service de la narration
Le gameplay reste proche de celui du jeu d’origine, avec des déplacements latéraux dans un monde en 2,5D, de nombreux dialogues et plusieurs mini-jeux. Dans mon précédent papier consacré à Until Then, j’expliquais que le smartphone constituait l’élément de gameplay central du jeu. Le DLC reprend cette idée tout en enrichissant son utilisation avec de nouvelles fonctionnalités.
Dans Homecoming, Sophia entretient une relation à distance avec sa petite amie, installée aux États-Unis, alors qu’elle est aux Philippines. Les deux jeunes femmes communiquent régulièrement par appels vidéo jonglant tant bien que mal avec le décalage horaire. Le smartphone devient ainsi un véritable outil de narration, illustrant la difficulté de maintenir une relation malgré la distance.
Sophia et Alissa en appel vidéo dans Afterimages
Du côté de Mark, son colocataire, lui conseille de tester des applications de rencontre. Afterimages introduit alors Matchy, l’application de rencontre du DLC, accessible depuis son smartphone. Le joueur y fait défiler les profils en swipant à droite ou à gauche selon ses préférences. Loin d’être un simple gadget, cette mécanique devient rapidement un élément narratif essentiel de cette deuxième partie.
Les mini-jeux sont également plus élaborés que dans le jeu de base. Je pense notamment à celui de la première partie, dans lequel Sophia doit préparer des cupcakes dans un temps limité. Le joueur doit sélectionner les bons ingrédients, les assembler dans le bon ordre, les mixer, puis verser la préparation dans un moule avant de l’enfourner, tout en suivant attentivement la recette. Plus tard, sa tante Céleste lui propose une séance de tirage de cartes afin de l’aider à entrevoir son avenir. Ce mini-jeu, tout aussi engageant, met en lumière une autre facette de la culture philippine, où les pratiques de divination comme le tarot occupent une place encore relativement présente.
Mini-jeu des cupcakes dans Afterimages
Enfin, Sparks introduit sans doute le mini-jeu le plus marquant de cette dernière : celui des mots. À plusieurs reprises, le joueur doit sélectionner des fragments de phrases afin de poursuivre les dialogues et faire avancer l’histoire. Derrière cette mécanique en apparence simple se cache l’un des thèmes centraux de l’arc de Mark : trouver les mots justes, réussir à exprimer ses émotions et faire en sorte que l’autre les comprenne. Le gameplay se met ainsi au service de la narration en traduisant concrètement les difficultés de communication auxquelles le personnage est confronté.
Des intentions justes, une exécution plus hésitante
Bien qu’Afterimages nous replonge avec plaisir dans l’univers de Until Then, le ressenti n’est pas tout à fait le même. Alors que l’on pourrait s’attendre à une suite directe de la fin du jeu, le DLC nous projette dans des temporalités différentes de celles du jeu de base. Ce choix peut s’avérer déroutant lors de la prise en main, puisqu’il ne fait pas référence, ou très peu, aux éléments fantastiques du jeu original. Néanmoins, on peut choisir de se laisser porter et tenter de comprendre dans quelle direction le DLC souhaite nous emmener.
La première partie reste, selon moi, la plus solide du DLC. Elle permet de découvrir un personnage peu mis en avant dans le jeu de base, avec sa propre réalité, ses propres envies et sa propre intrigue, ce qui suscite naturellement la curiosité du joueur. En plus de cela, Sophia est très bien écrite, et ses thématiques, ainsi que ses difficultés à aller de l’avant lorsqu’elle doit se replonger dans ses souvenirs, touchent particulièrement le joueur. Cette partie m’a donc beaucoup marquée, au point d’en vouloir davantage lorsqu’elle s’est terminée.
En revanche, la narration de Sparks m’a malheureusement laissé plus en retrait. La première heure est difficile à appréhender et peut perdre le joueur. Entre les nombreux nouveaux personnages, le nouvel environnement et le mini-jeu autour des mots, qui peut s’avérer complexe à prendre en main lors des premières parties, l’ensemble manque parfois de lisibilité. Les personnages secondaires, en dehors de Désiré, la présidente de l’association de Mark, sont assez peu développés, et j’aurais vraiment aimé que cette deuxième partie prenne davantage le temps de les approfondir afin de raconter son histoire de manière plus posée.
Bien que les thématiques soient toujours aussi justement abordées et proches de celles du jeu de base, notamment le traumatisme, le deuil, l’amitié et la difficulté à aller de l’avant, Sparks ne parvient pas à susciter un attachement aussi fort.
Sophia dans Afterimages
Afterimages prolonge l’univers d’Until Then avec sincérité, sans chercher à le transformer. Le DLC brille particulièrement dans sa première partie, très touchante et maîtrisée. Tandis que la seconde, plus inégale, offre des idées intéressantes autour de la communication, de la codépendance et du rapport à ses traumatismes.
Sans surpasser le jeu de base, cette extension garde une continuité cohérente qui nourrit son univers tout en confirmant la force de sa narration et de sa sensibilité. Un ajout peut-être imparfait, mais réellement sincère sans sa proposition.
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